Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Stéthoscope en compote

Stéthoscope en compote

Humeurs d'un médecin de PMI, mère et femme à ses heures

Si c'est une femme

Si c'est une femme

Fils de pasteur en République Démocratique du Congo, il accompagnait son père au lit des malades, toute son enfance.

Un matin, ce fût au lit d'un petit garçon du même âge que lui. Il avait la fièvre. Il allait probablement mourir. Son père a prié à son chevet. Et ils sont repartis. Il a demandé à son père pourquoi il ne lui avait pas donné des médicaments comme pour lui, lorsqu'il était malade. Son père a répondu "Parce que je ne suis pas médecin. J'ai fait ce que je sais faire. Prier."

De ce jour, il avait décidé qu'il serait médecin, lui. Pour faire un duo de choc avec son père.

Et il est devenu médecin. Pas pédiatre finalement. Il avait vu trop de femmes mourir en couches. Trop de nouveau-nés orphelins confiés à un hôpital qui n'avait même pas les moyens de les nourrir. 

Gynécologue obstétricien. Sauver les femmes pour sauver les enfants. 

Après 2 années de travail,  il monte une équipe et sauve des femmes et leurs enfants tout neufs. 

La guerre éclate. Le mercredi,  il opère des femmes. Le vendredi, la ville est assaillie. Il conseille à ses jeunes opérées de rester dans l'enceinte de l'hôpital. Elles sont plus en sécurité là qu'au dehors.

Le samedi,  elles sont toutes assassinées. L'équipe médicale avec. Dans la sécurité de l'hôpital. 

Il reste lui. Et sa culpabilité.

De cette guerre, les femmes à opérer changent de profil. Elles arrivent par dizaines, puis par milliers, détruites. Violées avec une barbarie indescriptible. Une arme à feu terminant souvent l'indicible carnage génital que les criminels avaient entamé.

Il les répare une par une. Physiquement.

Il les aide à se reconstruire. Psychiquement.

Menacé de mort chaque jour, il ne lâche pourtant rien. Il demande que justice soit faite. Il sollicite l'aide internationale. 

Car elles continuent d'être violentées chaque jour. Femmes enfants bébés vieillardes. 

L'arme de guerre est ici l'humiliation et la souffrance inscrite dans le plus profond de l'intime.  L'inhumanité.

 

Il raconte tout cela la voix tremblante. Les yeux brillants. Des silences lourds entrecoupent son discours.

Tous. Dans l'auditoire. Nous pleurons.

 

Dr Denis Mukwege

Prix Nobel de la Paix 2018

Paris, 30 novembre 2019.

 

 

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article