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Stéthoscope en compote

Stéthoscope en compote

Humeurs d'un médecin de PMI, mère et femme à ses heures

Expériences fondatrices. Estudiantines et autres.

Expériences fondatrices. Estudiantines et autres.

Je me souviens...

De ce papa-pompier victime d'un malaise vagal, au moment où nous recousions la plaie d'arcade sourcilière de son enfant.

De cet enfant qui avait un membre trop court, et qui était hospitalisé pour mise en traction. Étirement des os longs.

De ce nourrisson-bulle, dans le service d'Alain Fischer (exceptionnel grand homme). Tellement beau. Et de son père. Tellement triste. De ces caresses tendres sur ses joues, au travers de gants ménagers quadruple épaisseur, de ces bisous sur le plexiglas de la bulle. Amour sans contact.

De ce chef de service d'urgences pédiatriques qui nous avait fait synchroniser nos montres dès la première minute de stage. Aucun retard ne serait alors plus toléré.

De ce jeune homosexuel à qui je devais annoncer sa séropositivité pour le VIH. Il avait mon âge. Sa mère l'élevait seule. Dans une grande foi. Elle ne s'en remettrait pas, me confiait-il.

De cette vieille femme malade de démence, qui jouait aux Schtroumpfs dans son bain. Et que son fils regardait avec un regard mi-aimant mi-désespéré.

De ma première pose de sonde urinaire, ponction lombaire, ponction artérielle, ponction d'ascite, suture, ...

De cette carte de remerciements reçue d'une patiente vue aux urgences dont je ne me souvenais déjà plus.

De ce chef en urologie qui hurlait sur les patients : ''Allez! Pissez maintenant''

De cette garde en cardiologie, le soir de la finale de 1998.

De ce prêtre qui ne voulait se confier qu'à moi, simple étudiante, en service de psychiatrie. Confessions intimes d'un confesseur. Aucun souvenir de ce qu'il me racontait.

De cette femme, malade de la chronicité, qui m'offrit un inestimable cadeau, oeuvre dédicacée de son mari, illustre homme.

De cette femme encore, venue d'Italie pour se faire soigner, toute pleine de cancer. Persuadée que la médecine française pourrait la sauver.

De ce chef de pneumologie pédiatrique d'une extraordinaire humanité.

 

De cet homme, surtout, ouvrier immigré de première génération, âgé, usé par le travail, l'alcool, le tabac, les excès et les oublis de médicaments.

Je devais lui rendre visite à domicile, avec ma malette de remplaçante. Pas de réponse à l'interphone. Je parviens à entrer dans l'immeuble. Pas de réponse à la porte. Appel sur son téléphone. Ça sonne dans le vide. Appel à son fils. Ils ne sont pas ensemble. Il est forcément chez lui. Il n'arrive plus à en sortir. Alors appel aux pompiers. Grande échelle et fenêtre cassée. Il était mort. Couché à moitié sur son lit, à moitié au sol. Nu.

Nous sommes allés main dans la main, avec son fils, chez les Pompes funèbres. En larmes, tous les deux. Lui triste. Moi abasourdie, non initiée, émue pour ce fils et par la fin sinistre de ce père.

Je n'oublierai pas la médaille du travail fièrement encadrée, fixée au mur. Fixée au mur jauni par la nicotine. Au mur jauni de l'insalubre chambre de bonne. Insalubre chambre de bonne où il avait toujours vécu son Eldorado français.

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Valérie LB 02/09/2020 14:27

Lire cet article me donne soudain l'idée de moi aussi prendre la plume pour remplir les lignes de mes carnets de souvenirs marquants ,ancrés en moi. Pour les plus anciens...30ans en arrière 1er stage à l'hôpital !!! Merci...

Krastoll 03/09/2020 09:30

Oh alors ça ! C'est un très joli compliment et une très belle nouvelle ! N'hésitez pas à partager vos écrits ????